François bégaudeau, l'auteur
«Au théâtre ce sont les comédiens qui ont les clés, plus que l’auteur, plus même que le metteur en scène. C’est vrai de toutes les pièces, mais c’est particulièrement vrai de Le lien, et non moins vrai de sa nouvelle mise en scène de Jean-Marc Molinès, au théâtre Clavel.
Le lien consiste dans un dialogue en temps réel entre une mère et son fils. Si les deux comédiens qui jouent ça ne fonctionnent pas bien ensemble, la pièce est foutue. Annie Talbert et Gaël Colin fonctionnent très bien ensemble, et la pièce est gagnée. Ça saute aux yeux et aux oreilles dès le premier tableau, et jamais le spectateur ne revient de cette première sensation. Oui ces deux là sont parfaits pour jouer la comédie crispée du lien filial, tissée d’amour et d’hostilité, de tendresse et de rage, de nostalgie et de rancœur. Gaël Colin a la volubilité virtuose de celui dont la parole est depuis toujours une fuite en avant (que fuit-il ?), Annie Talbert a la force statique de celle qui sait laisser passer l’orage et ne démordra pas de son amour, malgré tout. Et voilà qu’après une heure de dispute écorchée jusqu’au comique, débarque Anne Ruault, dans le rôle de Françoise – le féminin de François, je le note. Elle vient compléter le tableau, le peaufiner, l’enrichir de sa vitalité. On passerait bien une heure de plus avec ces trois là, et notamment avec ce duo de femmes gorgée de bonne humeur fataliste, mais la pièce est déjà finie. On y retournera. Je l’ai vue deux fois déjà et j’y retournerai. »
Le 21/10/2024 au Th. Clavel

François Bégaudeau né le 27 avril 1971 à Luçon, est un écrivain français, surtout connu pour ses romans et ses essais. Ses romans Entre les murs et La Blessure, la vraie sont adaptés au cinéma. Il joue le rôle principal dans l’adaptation du premier et le film remporte la Palme d’or lors du Festival de Cannes 2008. Source Wikipédia.
A propos de la pièce, il écrit aussi :
« Cela s’inspire de ce que j’ai pu connaitre en rendant visite à ma mère, retraitée de l’Éducation Nationale. La question du texte, ce pourrait être : comment les gens se parlent-ils ? Le Lien c’est seulement une conversation sans contorsion en amont, sans « backstory », ramenée à sa quintessence. C’est une pièce en temps réel. Le théâtre est chez lui quand il fait ça. Peut-être le personnage de ma mère existe-t-il de façon plus dévoilée que le fils, mais l’ensemble est tout en rapport au langage, à la raison et à l’argumentation. Le fils, un intellectuel, traite chaque chose comme un sujet de dissertation. La mère ne passe pas par là. Ils semblent ne pas se comprendre mais, quand la mère ne sera plus là, le fils sera ravagé. La troisième personne, la voisine qui passe avec un gâteau, a quelque chose de divin. Elle apporte la paix. C’est écrit de façon très simple. L’émotion et le conflit affleurent. Je préfère des violences qui ne disent pas leur nom. »